San Antonio de Areco :

entre gauchos

Par Sylvie Berthiaume - Reportage à destination

 

 

Un village paisible fondé il y a 300 ans et sa campagne environnante, voilà San Antonio de Areco. À seulement une heure de Buenos Aires, une escapade de deux jours livre l’histoire, les us, coutumes et talents des gauchos dans un cadre verdoyant où les animaux sont vénérés, même si – malheureusement ou heureusement, c’est selon… – ils finiront dans nos assiettes. Cette ambivalence de sentiments et de réflexion conjuguée à la stimulation de tous les sens composent l’intérêt de cette excursion-incursion dans la culture gauchesca.

Flânerie culturelle

Les rues et ruelles coloniales de San Antonio de Areco, d’une luminosité et propreté remarquables, sont jouxtées d’édifices de toutes sortes de styles, qui s’harmonisent plutôt bien, grâce à leurs couleurs pastel.

Au centre, la belle Plaza Mayor constituée d’une esplanade blanche et d’un labyrinthe fait d’arbustes fleuris, est entourée de seulement quelques rues portant les noms de gauchos célèbres, persillées de boutiques de bon goût, de services et de bistros où se rencontrent villageois et gauchos, aussi bien en journée qu’en soirée.

L’un de ces bistros est emblématique, en soi et en lien avec l’histoire argentine : l’Esquina de Merti. C’est en même temps une pulperia, donc un espace-musée qui était autrefois une épicerie, rempli d’artéfacts relatant la vie quotidienne des habitants du village, des gauchos et du bistro au mobilier patiné.

Le vin y est servi à ras bord et les assiettes sont trop généreuses : personne ne s’en plaint… Une pause relaxante méritée après avoir visité le Musée-atelier national de la plateria créole, et un peu plus loin, près du Parque San Martin, le musée gauchesco Ricardo Güiraldes.

Au repos

Alma de Proa est le titre d’un poème de Ricardo Guïraldes, qui parle d’âme et de voyage. Il est bien invitant, peint sur un mur du tout petit mais combien charmant établissement «couette et café», portant ce nom poétique.

Ses trois grandes chambres aux fenêtres à rideaux de dentelle, avec télé et salles de bain privées, entourent une mignonne cour intérieure au sol de carrelage. La quatrième pièce fait office d’accueillante cuisine où est servi chaque matin le petit-déjeuner aux viennoiseries, pains chauds et confitures préparés sur place. Une autre porte s’ouvre sur un coquet jardin pourvu d’une piscine et de transats de bois.

Qui plus est : prix très abordable et situé à 10 minutes de marche du centre du village; à seulement 5 minutes de plus, on est à l’arrêt du bus de retour vers Buenos Aires.

À l’Estancia La Portena, chez l’écrivain

Mais avant de retourner dans la capitale, il faut évidemment séjourner une journée entière ou une journée/nuitée dans une estancia, c’est-à-dire un ranch. On ne va pas en Argentine sans aller voir les gauchos dans leur cadre de vie et de travail. Plusieurs compagnies offrent des excursions en groupes, à partir de Buenos Aires.

Toutefois, ce qui est encore plus intéressant et agréable, c’est l’expérience plus intimiste : on se rend par soi-même, à partir du village de San Antonio de Areco, en taxi pour un coût raisonnable, à la légendaire Estancia La Portena.

 

Sur place, on peut aussi bien être seul qu’avec une grande tablée de convives. Si on décide d’y passer la nuit, il y a seulement 10 chambres. Selon la période de l'année et le jour de la semaine ou du weekend, on vit selon notre préférence, une expérience paisible ou animée : lors de notre passage, nous étions 12 à table, quatre à cheval et deux y ont passé la nuit, profitant de l'estancia en toute intimité.

Cette estancia fut la propriété de l’écrivain Ricardo Güiraldes dont on voit le nom partout dans la région, pour rendre hommage à ses œuvres et au fait qu’il a lui-même été gaucho. L’ouvrage qui lui a valu la célébrité, Don Segundo Sombra, relate d’ailleurs l’apprentissage du métier de gaucho.

Au trot et au galop

La ferme aménagée en 1822 couvre 600 hectares. Sur place, chevaux, porcs, moutons, chiens et, lors de notre passage, la seule belle poule rousse ayant survécu au passage d’un renard tout aussi roux…  Ceci expliquerait-il cela? À quelques kilomètres de là, le grand troupeau de bœufs.

Après l’équitation guidée selon notre rythme par le gaucho Francisco permettant d’admirer les gigantesques arbres indigènes et exotiques

de l’estancia, on visite la maison de l’écrivain encore meublée richement pour l’époque - entre autres, un ancien coffre Louis Vuitton - puis on goûte aux brûlantes et feuilletées empanadas sous la pergola.

Vient ensuite le régal carnivore, on ne peut plus « bio » : grillades de bœuf, porc, poulet, boudin et saucisses faites sur les lieux. En compagnie du proprio, Gonzalo Susine, et au son d’airs argentins.

Profitant du soleil de fin d’après-midi, deux gauchos font étalage de leur dextérité équestre en s’adonnant à une corrida de sortijas, une amicale compétition qui consiste à s’élancer au grand galop, pour enfiler une tige de bois de la grosseur d’un crayon dans un anneau

de mariage suspendu.

L’expérience traditionnelle, voire folklorique, n’en est pas moins authentique et actuelle, car c’est ainsi que les gauchos vivent vraiment.

Sans contredit, un fait saillant emballant.

 

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