Population :

En mutation

Par Sylvie Berthiaume - Reportage à destination

L’Inde est frappante à maints égards. Pour les Occidentaux, le dépaysement est garanti – la réalité dépasse le cliché – et ce, principalement au contact de ses habitants.

On le sait, l’Inde se situe au premier rang mondial du surpeuplement. Cela se manifeste de façon hallucinante dans les grands centres urbains : proximité, bruit et pollution par la circulation effrénée des automobiles et des tuk-tuks motorisés s’autorégulant au klaxon.

Une très grande pauvreté afflige le pays, bien que l’Inde se hisse progressivement depuis quelques années aux premiers rangs des puissances économiques, ce qui accroit la proportion de sa classe moyenne. De plus, les mauvaises conditions hygiéniques sont observables à l’œil nu dans les rues et lieux publics, tant dans les villes que dans les petits villages.

Durant un séjour d’une ou deux semaines, les voyageurs curieux et à l’affût peuvent se sentir abasourdis par ces phénomènes qui assaillent corps, vue, nez et esprit, à chaque pas. Mais l’attrait et l’acclimatation prennent ensuite rapidement le dessus. Tant mieux si le voyage n’est pas encore terminé, ils peuvent alors pleinement savourer l’expérience. Sinon, beaucoup ont par la suite envie d’y retourner pour poursuivre la découverte plus sereinement.

Selon les histoires relatées, on dirait bien qu’il y a trois grands types de voyages en Inde : l’observation, la méditation, l’action solidaire. Littéralement opposés au niveau des sensations et des énergies, mais certes toujours humainement enrichissants.

Lors de notre bref séjour en juillet 2018, voici ce que nous avons pu observer chez les habitants à deux et à… quatre pattes.

Les castes et peuples tribaux : aujourd’hui comme hier

Le système de castes sociales est toujours respecté en Inde, bien qu’officiellement interdit. Ces castes sont :

  • les brhamanes, soit les prêtres, enseignants et intellectuels

  • les kshatriyas, soit le roi, les princes et les guerriers 

  • les vaishyas, soit les artisans, paysans, agriculteurs et bergers 

  • les shudras, soit les serviteurs

  • les dalits ou intouchables, soit les plus démunis et moins éduqués, qui sont des descendants des peuples pré-aryens du pays.

 

La langue maternelle la plus parlée en Inde est l’hindi, dans une proportion de 40%. En 2e position, on trouve le Bengali, et en 3e le tamoul. Par ailleurs, l’anglais est enseigné comme langue seconde, depuis l’époque coloniale anglaise : ainsi, 12% de la population indienne parle couramment l’anglais, et les voyageurs arrivent à se faire comprendre minimalement, en anglais et en gestes, par les gens avec qui on transige dans les villes et lieux touristiques.

Les membres de peuples tribaux que l’on peut encore rencontrer sont :

  • les kalbeliyas : nomades du désert du Thar, de qui sont issus tous les gitans du monde, et ils sont reconnus pour leurs habiletés comme charmeurs de serpents, musiciens et danseurs à qui l’on attribue la «danse du cobra»

  • les bhopas : prêtres nomades aux yeux verts, excellents poètes et conteurs, qui ont souvent diverti les maharajas

  • les bishnoïs : membres de la communauté religieuse des vishnouïtes, renommés pour leur amour de la nature et des animaux, on les identifie comme les premiers écologistes modernes

  • les bhils : grands connaisseurs du pays et bons chasseurs, ils ont été retenus comme éclaireurs par les soldats rajputs, et sont particulièrement actifs durant le fameux festival des couleurs Holi.

 

Les mariages : arrangés mais bien acceptés

En 2018, la plupart des mariages sont encore convenus d’avance par les familles, quoiqu’il y en ait moins qui se pratiquent avant l’âge de 18 ans. De là l’adage «si un mariage ne fonctionne pas bien, c’est aux parents qu’il faut se plaindre et faire porter le blâme».

Il existe d’ailleurs des agents de mariages qui présentent et jumellent les curriculum non seulement des futurs époux, mais également de leurs familles, car les mariages ne sont pas qu’une affaire de couple, mais bien de famille.

Selon ce qu’on entend sur la rue, les femmes ont l’air de s’en accommoder : «l’amour se développe après le mariage». Néanmoins, les mariages d’amour deviennent une aspiration pour quelques jeunes, qui vivent leur amour dans le secret.

Les liaisons adultères des hommes  semblent fréquentes, sans être bien vues. Le divorce est possible de nos jours, mais il y a peu de motifs acceptés par la loi pour en accorder. Par ailleurs, si un mari bat son épouse, il risque la prison.

Les hommes : généralement hyperactifs

Sur la rue, vaquant aux affaires quotidiennes, travaillant derrière leurs étals ou leurs boutiques, dans les lieux de services touristiques, dans les hôtels et les transports, ou bien sur des chantiers de construction sans aucune protection, c’est avec une énergie fébrile que chacun gagne sa vie.

 

Au Rajasthan, dans les villes comme Jaipur et Jodhpur, l’activité commerçante très présente fait en sorte que le taux de criminalité est bas, selon ce qu’en disent les guides.

Vis-à-vis des voyageurs, les hommes sont polis, mais lancent parfois des regards perplexes.

Côté vestimentaire, on pourrait estimer que 30% des hommes s’habillent à l’occidentale et 70% à l’indienne. Les turbans aux couleurs vibrantes sont sublimes, et que dire des beaux ensembles tunique/pantalon d’un blanc immaculé. Certains portent encore le pantalon très larges au niveau du bassin et très étroit à la hanche comme aux chevilles, qui est à l’origine des culottes d’équitation anglaises.

On voit beaucoup d’hommes d’âge mûr, aux cheveux et à la barbe de couleur orange très prononcée : simple accent de coquetterie réalisée à l’henné, pour masquer les cheveux blancs.

Le soir et la nuit, les rues sont encore bouillonnantes d’activité : on n’y voit que des hommes, travaillant, flânant ou bavardant entre amis.

Les femmes : joviales et curieuses

Au détour, les voyageurs s’émeuvent ou s’indignent devant des plaques de bronze arborant les empreintes de femmes mortes immolées, suite au décès de leur mari, pour les rejoindre dans l’au-delà, puisque de toute manière leur survie serait impossible. Cette tradition est heureusement interdite depuis quelques années, mais elle se pratique encore parfois, ce qui donne lieu à des procès.

Émancipation ou exploitation? Sur les chantiers de construction, les femmes en saris, accompagnées de leurs bébés et enfants, travaillent au pic et à la pelle, pour fournir les travailleurs en terre, roc et sable.

Vis-à-vis des femmes occidentales en visite, les Indiennes sont polies, enjouées, se prennent avec elles en photos, veulent les inviter à manger à la maison, échangent leurs coordonnées Facebook ou WhatsApp.

Côté vestimentaire, à Jaipur et Jodhpur, contrairement à New Delhi où les femmes s’habillent de plus en plus à l’Occidentale, les femmes jeunes et moins jeunes portent en majorité le sari.

Le tatouage des mains et des pieds à l’henné est encore très répandu chez les femmes de tous âges.

Les enfants : hardis et souriants

En achetant des tissus brodés de façon extravagante ou tout autre produit de luxe, qui demandent des mois de travail et qui se vendent pour des bouchées de pain, on ne peut que se demander si ce sont des enfants qui les ont fabriqués.

On se demande si on doit en acheter ou non, selon une perspective économique ou sociale, bien que les guides nous disent que l’exploitation des enfants n’a plus lieu ou qu’elle a grandement diminué. Depuis 1989, les lois locales et internationales interdisent pourtant le travail des enfants. Qui croire???

Chose certaine, les enfants sont débrouillards très tôt dans la vie, pour assurer leur propre survie et pour contribuer à la vie familiale. Leur instruction est aussi désormais obligatoire en vertu de la loi.

Et ils rigolent des regards horrifiés des touristes, en démontrant leur amour des serpents…

Coups d’œil divers

Sur l’éducation : les Indiens vouent un immense respect aux enseignants, qu’ils élèvent même au premier rang de la société.

Sur l’activité physique et mentale : l’hatha-yoga prend toute la place, pour bien maîtriser le corps et l’esprit, jusqu’à la libération d’une conscience supérieure.

Sur les sports : le kabaddi, qui existe depuis 4 000 ans, est une course durant laquelle on doit toucher le plus de joueurs possible, sans être soi-même touché, et ce, tout en gardant son souffle. Héritages de l’époque coloniale, le hockey sur gazon et le cricket sont très populaires.

Sur les personnes vivant avec un handicap : sur les trains, des wagons sont clairement et identifiés par une jolie expression : «for differently abled», plutôt que «disabled».

Sur les télécommunications : l’Inde est une puissance reconnue mondialement à ce chapitre et 80% de la population possède un téléphone cellulaire.

Sur la débrouillardise économique : sur la rue et dans les marchés, les gares et autres lieux publics, on constate une multitude d’initiatives permettant à tout un chacun de tirer son épingle du jeu, en se fiant uniquement à soi.

 

Ce sont souvent des offres de services ou de produits inusités, par exemple : une charrette contenant une montagne de bouchons de caoutchouc servant à recouvrir des pattes de meubles pour protéger les planchers, ou des dizaines de jeunes se promenant à la gare avec un lourd anneau de vis, sangles, attaches, fermetures éclair, serrures et roulettes pour réparer les valises des voyageurs.

Autres membres de la famille : les animaux, même errants

 

Où que l’on circule, on rencontre beaucoup d’animaux dans les rues et sur les routes du Rajasthan. Il ne faut pas les craindre, mais vaut mieux ne pas tenter de s’en faire des amis. Il faut faire comme les Indiens : les animaux ont priorité de passage, donc à pied, en tuk-tuk, en moto ou en voiture, c’est à nous de les contourner.

Les vaches : elles sont sacrées, en vertu de la religion hindoue, à cause du lait qu’elle donnent et qui sert au maintien de la vie des humains, sans contenir de cholestérol. Au beau milieu de la rue ou des autoroutes, elles errent seules, se délectent la tête enfouie dans les arbustes à fleurs, et savent d’elles-mêmes reprendre le chemin vers leur étable pour la nuit. Les Indiens achètent des bottes d’herbe fraîche pour les donner aux vaches le matin, en guise d’offrande religieuse. Quiconque tue une vache doit subir un procès : si c’est par accident, de voiture par exemple, on s’en tire bien; si c’est volontaire, pour la viande par exemple, c’est la prison assurée.

Le paon : l’un des emblèmes nationaux de l’Inde, est tout aussi protégé que la vache sacrée. Gare à celui ou celle qui le blesse ou le tue, par accident ou volontairement.

Les chiens : les rues en sont aussi pleines. Paisibles pour la plupart, ils ne s’intéressent pas beaucoup aux humains, qui les nourrissent aussi. La mère Indienne cuisine chaque matin au moins une galette de pain pour la donner à un chien errant. Il n’est toutefois pas recommandé aux voyageurs de les caresser, à cause des risques de morsure défensive.

Les singes : les lieux de culte en sont littéralement pleins – c’est-à-dire parfois des centaines. De type macaque, on distingue les bruns à «visage rose et cul-rouge» et les gris à « à visage noir et longue queue». On peut les nourrir de noix ou de bananes, mais même s’ils ne sont pas vraiment méchants, on risque de se retrouver avec des dizaines de spécimens sur les épaules et à bras-le-corps qui se battent pour le butin…

Les éléphants et chameaux : ils ne servent pas qu’à divertir les touristes. On en voit régulièrement dans les rues, très décorés, se rendant participer à un mariage, ou transportant des marchandises. Il se tient régulièrement des foires pour en acheter, échanger, participer à des compétitions ou concours de beauté, ou encore pour amuser résidants et touristes. Festival des éléphants : Jaipur, en mars. Foire des chameaux, la plus grande au monde : à Pushkar, en novembre.

Les serpents : cobra, cobra royal et vipères sont les principaux serpents indiens parmi une centaine d’espèces. Les Indiens leur retirent parfois leur glande de venin et les adoptent comme animaux domestiques. Le serpent occupe une place primordiale dans la religion hindoue et de nombreux festivals du serpent ont lieu chaque année, où certains fidèles se font volontairement piquer pour obtenir les faveurs des dieux.

Les chèvres, ânes, sangliers et rats… : errants aussi, parmi tous les autres, dans les rues, les gares, les temples, etc.

Aucun coup d’œil, aucune rencontre, ne laisse indifférent.

 

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