Adulation :

Liverpool et les Beatles, en privé

Par Sylvie Berthiaume - Reportage à destination

Une escapade mariant plaisir et nostalgie dans la légèreté pour les uns, ou un pèlerinage à la rencontre d’idoles pour les autres, peut se révéler une expérience encore plus profonde que l’on pouvait s’imaginer.

Quelques jours à Liverpool, surtout en visites privées et semi-privées, promettent en effet une immersion dans une révolution culturelle et sociale, une introspection sur la conjugaison jeunesse / talent / passion / inconnu / espoir, un retour à nos propres sources si on a connu les années 1960-70, et une observation aiguisée, voire médusée de la vie.

Et c’est manifestement le cas pour les visiteurs de tous les âges que l’on croise à Liverpool.

La «planète» Beatles

Disons-le, hormis ses activités portuaires historiques et actuelles, toute la ville de Liverpool vit au rythme et à l’effigie des Beatles.

Aéroport, gare, hôtels, bars, restaurants, mets, boissons, places, musée, salles de spectacle, visites guidées, statues individuelles et de groupe, de grandeur nature ou en bustes…

 

Impossible d’échapper à l’engouement nouveau ou renouvelé. Impossible de ne pas voir partout les titres de leurs chansons les plus populaires et de ne pas les fredonner, de ne pas y rêver, la nuit venue.

Magical Mystery Tour, Revolution, Twist & Shout, Day Tripper, Sgt. Pepper’s, Lovely Rita, Ticket to Ride... Voyez?  Vous êtes déjà accrochés!

Dans leur intimité et sur leurs pas

Voici deux activités que je qualifie de «must», pour vous faire le plus sourire, réfléchir, et même pour vous assurer quelques montées ou coulées de larmes. Elles valent très largement leur prix plus élevé que les visites en grands groupes.

Je suggère de les faire sur deux journées distinctes, afin de bien vous imprégner de ce que vous verrez et entendrez, pour ensuite absorber et savourer le tout pleinement, longtemps.

Le Fab4Taxi Tour

Dans un grand taxi anglais, le guide privé partage avec enthousiasme et émotion son admiration indéfectible des Beatles, de leur histoire et de la ville, ainsi que ses connaissances musicales pour appuyer les descriptions de leurs compositions.

On voit avec lui bien davantage et on entend bien plus de faits, de détails connus ou moins connus et d’anecdotes que durant les tours en bus.

On peut donc se délecter pendant 2, 3, 4, ou même 5 heures, seul, en couple ou avec deux autres amis, en payant seulement de 55 à 115 livres sterling, lorsque l’on réserve d’avance, en ligne sur le site www.fab4taxitour.com

La visite ne se fait pas seulement «en passant devant». À chaque lieu significatif, on descend de voiture, on marche sur les mêmes trottoirs, on s’appuie aux mêmes clôtures, on s’assoit dans les mêmes marches d’école, sur l’authentique valise à guitare devenue sculpture urbaine, etc.

On apprend les histoires familiales très intimes qui unissaient les membres du groupe, dans leur prime jeunesse. Et le guide met parfois gentiment nos connaissances des Beatles au défi. C’est très interactif.

Dans son regard toujours passionné, la complicité s’installe avec nous. On boit ses paroles, on s’accroche à son sourire ou on adopte son air mélancolique.

 

En route, dans le grand taxi, les chansons des Beatles jouant en sourdine sont sélectionnées selon leur signification et en lien avec le prochain lieu vers lequel on se dirige.

Et voilà que l’on se trouve sous la fenêtre de l’hôpital où John Lennon est né; on circule autour du rond-point et devant le salon de barbier évoqués dans d’autres chansons; on prie ou on satisfait notre curiosité sur la tombe d’Eleanor Rigby à côté de l’église où John et Paul ont commencé leur collaboration musicale; on imagine la scène devant le petit appartement où John et Cynthia ont célébré leur mariage pendant que des travaux de construction faisaient un bruit d’enfer à l’extérieur; on s’attriste devant le sous-sol où leur premier agent, Brian Epstein, rencontrait secrètement ses amants, avant de mourir prématurément; on s’engage sur Penny Lane, la belle avenue bordée d’arbres; et, bien sûr, on pose fièrement devant la clôture rouge de Strawberry Fields, et on s’émeut en découvrant la signification réelle et cruciale de ce lieu pour John Lennon, pourquoi il a nommé ce lieu et cette chanson «Strawberry», etc...

On constate encore et encore que les Beatles avaient le génie de voir et de créer de la poésie dans les lieux et les situations de la vie ordinaire. L’acteur Alec Baldwin, lors d’un hommage au Kennedy Centre, a déclaré avec justesse : «Paul married rock’n roll to beauty».

Par exemple, la chanson Eleanor Rigby, commence par «All the lonely people, where do they all come from»… c’est qu’Eleanor Rigby - que John et Paul ne connaissaient pas - est un nom gravé sur une tombe au cimetière. Elle est évidemment entourée de gens seuls dans leurs cercueils. Puis, «Father McKenzie», est un autre nom gravé sur une tombe. Voilà le genre d’information que le guide partage avec nous.

Un peu plus tard, on écarquille les yeux devant les maisons parentales où vivaient encore Paul, John, George et Ringo au moment où le succès mondial du groupe était déjà entamé. Ils étaient bien trop occupés pour déménager.

Celle de George sur Upton Greene, coquette avec sa porte d’un bleu vif, cachée derrière des arbres. Celle de Ringo, dans le quartier le plus pauvre de Liverpool, sur la rue Madryn du quartier Welsh, entièrement à l’abandon puis réquisitionné par le conseil de ville, qui jongle avec l’idée de tout démolir pour revitaliser le quartier. Toutefois, les fans voudraient bien que la maison de Ringo soit préservée.

Quant à celles de Paul et John… quelle fabuleuse idée…

DANS les maisons de Paul et John !

Avec un guide-historien du UK National Trust, de petits groupes de 7 ou 8 personnes ont régulièrement l’ultime privilège de vivre un moment des plus suaves : visiter l’intérieur de la modeste maison de Paul, sur la rue Forthlin, dans un projet d’habitations municipales, et faire de même dans celle de John, baptisée Mendips, sur la rue Menlove, dans un quartier de la classe moyenne.

Ces maisons ont été restaurées et meublées en respectant soigneusement l’époque et les photos familiales, jusque dans les couleurs, les tissus, les papiers peints, la vaisselle, etc.

La sensation est innommable : la dopamine se libère dans notre corps et notre âme… pas à pas, dans le jardin, le vestibule, la cuisine, le salon, la salle de bain, et surtout, dans la minuscule chambre où il n’y avait qu’un petit lit, une commode, une chaise, un tourne-disque, pour inciter ces génies à composer leurs premières chansons.

Pour maintenir la légende en vie et un souvenir indélibile, on n’a malheureusement pas le droit de photographier ou de filmer à l’intérieur… 

 

De la même manière, on nous demande de ne pas publier les histoires très intimes que l’on nous raconte en circulant dans la maison, afin de préserver la magie de la découverte pour les prochains visiteurs. Mais on nous donne une photo en carte postale. D’accord, on leur pardonne tout!

La visite dure 2 heures : son coût de 25 livres sterling est une aubaine pour tout ce que l’on apprend et vit. On doit réserver d’avance. On achète son billet en ligne sur le site même du UK National Trust, ou au bureau du tourisme de Liverpool, sur Albert Dock. Le jour et l’heure venue, il y a un point de rassemblement à la porte d’un hôtel voisin, et une petite navette nous emmène chez Paul et John.

À pied, de façon autonome

Autre option, ou pourquoi pas en plus : la carte de la ville que l’on peut se procurer au bureau de tourisme, comporte pas moins de 92 points d’intérêt et d’arrêt. C’est la façon la plus économique de suivre l’histoire des Beatles, commentaires experts en moins toutefois.

Le soir venu : Yeah! Yeah! Yeah!

À l’heure de l’apéro, on marche vers le quartier professionnel des Beatles, sur Mathew Street. On arrête pour prendre une bière dans tel pub, une bouchée dans tel autre, là où les Beatles faisaient de même à leurs débuts.

Bien sûr, en attendant d’entrer au mythique Club The Cavern, où tout a commencé. Auparavant, on a dû acheter notre billet d’entrée, en ligne longtemps d’avance car c’est toujours plein, ou au bureau de tourisme sur place.

On y assiste à des spectacles «Hommage» aux Beatles, et comme cela a toujours été le cas au Cavern Club, on y découvre de nouveaux artistes.

Il faut savoir qu’on entre dans le vrai Club, mais que la porte d’aujourd’hui est voisine de l’entrée originale fermée il y a plusieurs années en raison d’un incendie. Ouf! Cette entrée originale est bien en évidence, et pas question de rater le «selfie».

La nuit venue : It’s Been a Hard Day's Night

Si on en a les moyens, on s’offre une nuit à l’hôtel 5 étoiles récemment établi, tout près de Mathew Street.

Est-il utile de préciser que les Beatles y sont omniprésents en peintures, sculptures, photographies, instruments de musique et artefacts, dans le lobby, au bar, au restaurant et dans les 110 chambres.

Si on n’est pas si bien nanti financièrement, on loge au très agréable et confortable Campanile Liverpool. L’humour british y est présent, sur les murs et les menus : «Wine… wine not? »– «We have beer as cold as your ex’s heart!» – «Alcohol: because no great story started with a salad!».

Liverpool donne vraiment l’embarras du choix en termes d’hôtels, de maisons d’hôtes, et de prix.

Beatlemania, au mois d’août

Pour les mordus qui en veulent jusqu’à plus soif, le mois d’août attire chaque année plus de 40 groupes de musiciens célébrant la musique des Beatles. C’est l’International Beatle Week Festival, du 22 au 28 août 2018.

Dans le vent

En français, on surnomme les Beatles «les 4 garçons dans le vent». Cela correspondait parfaitement à l’expression de leur époque de jeunesse pour illustrer ce qui était «tendance».

 

On pourrait dire que cela reflétait aussi le climat de leur ville d’origine, car Liverpool est constamment sous très grand vent.

Liverpool, c’est aussi…

Mis à part les Beatles, on peut tout de même découvrir un quartier portuaire rénové et animé - notamment sur Albert Dock - ainsi que plusieurs musées d’art et d’histoire. La gastronomie créative de jeunes chefs est également très présente et vibrante.

Un détour à quelques heures de Londres, en train. À faire sans faute.

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