De la rue au mur,

du café au musée

Par Sylvie Berthiaume - Reportage à destination

 

 

La littérature, toujours

La lecture de « vrais » livres est encore bien appréciée et évidente à Buenos Aires. Marchands de livres anciens et d’occasion, librairies contemporaines, librairies spécialisées dans tous les domaines (sciences, philo, cinéma, jeunesse, etc.), et kiosques aux intersections

des rues, sont légion à Buenos Aires.

Idem du côté des parcs, places, cafés et bars qui ont la renommée d’avoir inspiré les plus grands écrivains argentins, comme Borges, Güiraldes, Sabato, Arlt, Corlazar et Girondo - lesquels ont d’ailleurs parfois écrit sur ces lieux - et qui continuent d’attirer les amants de la littérature.

C’est sans compter le fameux Festival international du livre se déroulant chaque année entre mars et avril, ainsi que le Festival dédié aux enfants, en juillet.

Tout cela a valu à Buenos Aires, en 2011, la désignation de « Capitale mondiale du livre », selon l’UNESCO ainsi que des fédérations et associations internationales d’éditeurs, de libraires et de bibliothécaires.

L’air du temps et l’ère d’aujourd’hui sont encore à la réflexion et au rêve mis en mots.

Teatro Colon

Cet immeuble iconique de Buenos Aires est de surcroît l’un des plus grands opéras au monde : d’abord pour son acoustique louangée par les Pavarotti, Callas, Domingo, Caruso et Toscanini de ce monde, et du fait de sa capacité de 3 000 personnes, dont 500 debout.

Comparable en qualité des prestations et en importance du lieu à la Scala de Milan, à l’Opéra de Paris et à l’Opéra d’État de Vienne, il se classe parmi les cinq meilleurs au monde. Il abrite le ballet, le chœur, l'Orquestra Estable de Teatro Colón et l'Orquesta Filarmónica de Buenos Aires.

Œuvre des architectes italiens Tamburini, Meano et Dormal, érigée sur 58 000 mètres carrés, il fut inauguré en 1908, puis entièrement rénové et réouvert en 2010. Sa salle principale de sept niveaux rouges et dorés, de style néo-renaissance italienne et baroque français, ainsi que sa coupole peinte attirent des millions de visiteurs et photographes chaque année.

 

Mises à part les fonctions liées à l’opéra, on trouve notamment au Teatro Colon, un salon des bustes, un musée des costumes, l'Institut supérieur d'art, une bibliothèque et un centre d'expérimentation musicale. Fait à noter, tous les costumes, décors et accessoires sont confectionnés sur place.

 

Nul besoin d’avoir un billet pour l’opéra si l’on veut y entrer : des visites guidées ont lieu à toutes les heures et il faut prévoir se joindre à une longue queue avant d’y entrer. L’attente vaut le coup et le coût.

 

L’art de proximité

Quel que soit le quartier, quel que soit l’édifice, pratiquement aucun mur, aucune surface d’affichage, aucune porte ou fenêtre n’échappe à la déferlante peinture onirique, historique, revendicatrice, animatrice ou comique.

 

De facture traditionnelle, comme la technique du « fileteado Porteno » (voir la grande photo en page d’accueil), contemporaine ou résolument moderne, comme les graffitis et des murales, on en trouve en effet partout.

 

Pour ce qui est des œuvres en trois dimensions, on trouve bien sûr une profusion de sculptures modernes et de monuments historiques, non seulement dans les parcs, mais également aux coins des rues.

 

Ce qui distingue sans doute Buenos Aires de bien d’autres capitales,

ce sont ses personnages de bandes dessinées, à échelle humaine,

qui viennent égayer la scène urbaine, dans les quartiers de San Telmo,

de Montserrat et de Puerto Madero. En tête de liste pour son attrait photogénique : la petite Mafalda, connue dans le monde entier. Et une kyrielle d’autres icônes créées par des artistes argentins, tels que Quinterno, Sendra, Divito et Caloi.

 

L’art de Buenos Aires est donc à portée de tous : tant aux artistes qu’aux citadins et visiteurs. Il existe d’ailleurs des circuits et visites touristiques et spécialisées axées sur le thème des murales, graffitis

et bandes dessinées.

 

L’art renversant

 

Lors de notre séjour à Buenos Aires, nous avons pu constater l’hardiesse et l’intelligence des artistes argentins contemporains.

 

Au Musée d’art moderne

On a misé, sans lésiner sur les moyens, et on a gagné la faveur des visiteurs locaux et internationaux en aménageant l’inénarrable installation sensuelle et participative « La Menesunda », des Argentins Marta Minujin et feu Ruben Santantonin, signifiant « une situation difficile ou embarrassante ».

Initialement créée en 1965, son caractère absurde lorsque prise au premier degré, avait fait scandale à l’époque. En 2016, non scandaleuse, mais toujours irrévérencieuse, intrigante et parfois loufoque, elle n’en demeure pas moins pertinente pour faire prendre conscience des sensations humaines euphoriantes ou anxiogènes.

 

Cette réelle expérience se déroule sur 2 étages : 11 pièces totalement différentes, dont les murs, planchers et plafonds sont couverts d’éléments texturés, durs ou spongieux, et disposés de manière à nous faire vivre des états troublants, en lien avec l'histoire, ou notre enfance, et notre ère contemporaine.

 

Par exemple, escaliers à angles obtus, étroits couloirs, plafonds hauts, plafonds bas, pièce en cercle, cage tournante musicale dont on ne trouve pas la porte d’entrée, cage de verre dans laquelle on entre sans imaginer que cela éteindra toutes les lumières, labyrinthe de miroirs étourdissants, portes de frigo hermétiques, sortie qu’on ne trouve pas, lumières de néon cliquetantes et agressantes puis noirceur totale, sons criards puis silences étouffants, photos et images vidéo, chaleur et froideur, tempête de confettis, personnages géants à prime abord rébarbatifs à découvrir par de petits interstices dans les murs, etc.

Et puis - Ô surprise…! - un couple vivant au lit, qui lit, en écoutant la musique des Beatles, auquel on offre nos excuses pour nous être faufilé dans son intimité. Tout cela, sans le savoir à l’avance. Oups ! Quelques secrets viennent d'être dévoilés...

Chaque visiteur vit l’expérience en solo ou en couple, pas plus – à tâtons, à petits pas prudents, avec curiosité, sourire, crainte ou angoisse claustrophobe, c’est selon. On n’en ressort pas intact et la réflexion-sensation se poursuit durant au moins une heure par la suite.

Au Musée d’art latino-américain

La transparence baignant de soleil les aires de circulation intérieure de ce musée, lui confère une ambiance aérienne, une légèreté certaine, contrairement à la plupart des musées.

Les oeuvres qu’on y côtoie – celles d’Argentins et celles d’autres peintres latinos célébrés mondialement comme Rivera, Kahlo, etc., 

sont rien de moins qu’audacieuses et spectaculaires.

Lors de notre visite, après avoir été accueillis par la ballerine de Koons, on a été surpris par les œuvres kinétiques en mouvement de plusieurs artistes, les tableaux liquides et lumineux de Kosice, les perspectives de Macchi, les œuvres de textes découpés maniaco-méticuleuses de Segura et les sculptures de pulpe de papier de Karjcberg.

L’art en vitrine

Tous les quartiers de Buenos Aires regorgent de galeries d’art privées. Les plus « tendance » ont pignon sur rue dans Palermo.

Buenos Aires est définitivement et principalement une destination hautement culturelle.

 

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